| Bulletin n°24 |
CONNAITRE UN PEU MIEUX LES PLANTES QUI
NOUS ENTOURENT
|
FICHE . 1 : LE BOURAO
![]() |
- Le bourao est pour chacun d'entre nous une plante familière. C'est un des arbres les plus communs, les plus utiles. Ses usages sont multiples. Il pare les danseuses de tamouré, on en fait des cordages, il facilite la cicatrisation des plaies...
<- Jupe de danseuse à base de "moré" Photo : B. Suprin |
||
|
Description botanique Le bourao, est effectivement un hibiscus sur le plan botanique, comme l'atteste son nom scientifique : Hibiscus tiliaceus. Il appartient à la famille des malvacées. Il existe trois variétés principales de bourao : le rouge et le vert, qui ne diffèrent que par la couleur des feuilles et des usages qui en sont faits et une variété à feuilles mélangées (moins connue). A l'exception d'une seule variété qui pousse droit, le bourao est un petit arbre tortueux dont les branches coudées partent en jets recourbés, descendent jusqu'au sol pour ensuite se redresser en prenant l'aspect d'un nouveau pied. Les feuilles, alternes, sont de consistance molle. Elles sont arrondies en cur, et ont trois nervures à la base du pétiole. Elles sont glabres dessus, blanchâtre au-dessous. Le sommet est acuminé (se termine en pointe fine). Le pétiole est assez long (huit centimètres) |
Fleur de Bourao variété verte, plage de Magenta Photo: P.Barthélémy |
||
|
Fructification : bourao variété verte Photo: P.Barthélémy |
Le bourao fleurit pendant la plus grande partie de l'année. Les fleurs sont groupées en panicules. Elles sont jaunes vifs le matin à l'éclosion, virent au saumon à mesure que la journée avance puis passent au pourpre terne, avant de tomber, au coucher de soleil. Elles rappellent bien les fleurs d'hibiscus avec leurs cinq pétales, fins comme des pétales de rose, finement nervurés. Le tube staminal qui est aussi l'axe de l'ovaire, supporte à la fois le style à cinq stigmates et les nombreuses étamines. Le fond de la corolle est pourpre. Le fruit est une capsule sèche d'environ 2,5 cm de long, très chargée de soies raides et jaunes. Il a un calice profondément fendu. A maturité, les cinq valves s'ouvrent à partir du sommet . elles portent une cloison fine, avec de nombreuses petites graines glabres, en forme de haricot. |
||
|
L'écorce, gris clair à beige, est épaisse (deux centimètres). La partie extérieure est assez ferme, fine ment pulvérulente comme du liège de mauvaise qualité. La partie inférieure , épaisse d'un centimètre, tendre, homogène, blanche à peine rosée et se détache en très longues lanières. Origine, distribution écologie Ce petit arbre serait originaire d'Asie. A l'heure actuelle, il est communément répandu sous l'ensemble des tropiques où il est considéré comme une plante de littoral. Dans les contrées à climat chaud (Tahiti, Nouvelle Guinée), on peut le retrouver à 800 m d'altitude. En Nouvelle Calédonie, on le trouve pratiquement partout en basse altitude. Il est fréquent au bord de la mer, juste au-dessus de la limite des marées. Il aime les sols frais, voire marécageux. On observe parfois le bourao en formation serrée sur les étendues planes de l'arrière mangrove. Il peut occuper ainsi des milliers d'hectares. Dans ce cas, il peut former des fourrés monospécifiques absolument inextricables, bien plus hermétiques que la mangrove, pourtant réputée hostile. Le bourao se plaît aussi dans le cours inférieur des vallées. En compagnie d'autres essences, il y forme ce qu'on nomme une forêt-galerie qui peut s'étendre sur plus de dix kilomètres à l'intérieur des terres, sans toutefois s'élever en altitude. Le bourao est une plante rustique. On peut le rencontrer nain, à l'état de bonsaï naturel. Ces formations naines sont situées aux avant-postes sur les "côtes au vent ". Leur taille réduite est une adaptation aux embruns mais surtout au vent violent et constant. Il est le seul à pousser sur le front de mer de la Gold Coast (Queensland). Enfin, il entre pour une bonne part dans la composition des formations secondaires des zones littorales, où on trouve aussi le gommier, le martaoui, le lantana etc...Il est cultivé en milieu tribal pour ses usages multiples. En Australie, c'est un arbre de jardin très populaire. LES USAGES TRADITIONNELS Utilisation du bois Le bois du bourao est remarquablement tendre et léger. Il était jadis utilisé par les colons pour le charronnage et pour la fabrication de barques légères. Il est aussi traditionnellement employé par toutes les populations océaniennes et ses usages sont multiples. Il est facile à abattre, à débiter, à travailler, à transporter. On le trouve partout et à portée de mains. A l'exception des piliers et des longues traverses qui exigent du bois solide et résistant, presque toutes les pièces de charpente, les diverses parties des pirogues et une foule d'objets étaient tirées du bourao. Après avoir été mis à tremper, on le débitait, on le travaillait pour en faire des cloisons, des traverses, des chevrons, des manches d'outils ou de harpons, des perches pour cueillir les fruits, des planches et des caisse. Le tronc est encore fréquemment employé pour la construction des pirogues. Elles sont moins durables que celles provenant d'essences telles que le manguier ou le tamanou de mer mais en échange elles sont plus vite terminées et beaucoup plus légères. Les autres pièces de la pirogue, à savoir le balancier et les deux traverses sont le plus souvent en bourao ; il en est de même pour les mâts des pirogues à voile et des rames. Le bois pouvait éventuellement être débité pour faire des flotteurs destinés aux filets de pêche. Utilisation des fibres La partie interne de l'écorce est formée de fibres longues, souples et résistantes qui sont, elles aussi abondamment utilisées : - Dans les tribus du sud de la Grande Terre, les lanières d'écorce de bourao sont utilisées brutes par les personnes participant à la pêche collective sur les récif frangeant. Chacun utilise sa lanière à la manière d'un fouet. La surface de l'eau est cinglée violemment, ce qui provoque une onde de choc, moyen très efficace pour rabattre le poisson vers la senne. - Pour un usage plus soigné destiné à des ouvrages mieux finis, la préparation est plus compliquée et délicate. Finalement on obtient des lanières blanches appelées "more ". Ces lanières sont utilisées pour la confection des jupes des danseuses et autres accessoires servant à mettre en valeur les mouvements des bras, pour les guirlandes destinées à décorer les salles de fêtes mais aussi pour la confection des filtres artisanaux utilisés pour la confection du kawa. - On obtient également plusieurs types de cordes par tressage des fibres du bourao. Les plus grossières s'obtiennent simplement en épluchant une lanière d'écorce interne, en la faisant sécher et en la tordant sur elle-même : elles servent à fabriquer des sandales pour marcher sur les coraux, des filets, des longes pour les animaux des poignées pour les sacs ou les paniers. Les cordes les plus belles et les plus résistantes sont faites à partir de fibres isolées par rouissage, battage et tressage. Le tressage se fait en tressant deux brins ensemble sur la cuisse , soit en entortillant trois ou quatre brins à l'aide d'un poteau : ces cordes étaient employées jadis pour attacher les chevrons supportant les cases, pour suspendre les franges des feuilles destinées à orner les salles des banquets, pour fabriquer des ceintures, des jupes d'apparat, les haubans des mâts des canots à voile et des sandales de bonne qualité. |
|||
|
- C'est aussi un des supports les plus couramment utilisé pour la vanille. Au Vanuatu , on l'utilise comme haie vive. - Le bourao est occasionnellement attaqué par des punaises à éclat métallique, ornementées de vives couleurs : elles sont responsables du cloquage des feuilles. - On constate enfin que dans certaines régions à pâturage les feuilles et l'écorce des arbres sont broutées par les herbivores (en particulier les cerfs) jusqu'à une hauteur d'à peu près 1,80 mètre (limite d'accès pour les animaux), provoquant un abroutissement des arbres. |
Bourao brouté par les cerfs (jusqu'à 1,80 m) Photo Bernard Suprin |
||
|
Usage médicinal en tant que " simple " Les différentes parties du bourao sont utilisées pour soulager bien des maux. En voici quelques exemples : - La sève des feuilles de la variété rouge instillée dans une blessure profonde cicatrise la plaie. Les feuilles seront laissées en compresses sur la blessure. - Les feuilles ou mieux les bourgeons feuillés bouillis et administrés en compresses sont maturatifs et cicatrisants. On pourra les employer sur les furoncles, les abcès, les boutons infectés, ainsi que sur les blessures ayant du mal à guérir. Pour renforcer l'effet cicatrisant, on fera un emplâtre de feuilles et d'écorces broyées et malaxées ensembles. - En gargarismes, un infusion de fleurs de bourao (une poignée de fleurs pour un litre d'eau) décongestionne les angines et soulage les stomatites. - Contre le " mal aux cheveux " des lendemains de bonne chair faites bouillir cinq grosses feuilles pendant 10 minutes dans un litre d'eau : vous pouvez boire plusieurs verres de cette décoction mais attention n'en abusez pas elle deviendrait vomitive |
|||
|
P. Barthélémy d'après les fiches botaniques de Mr. Bernard Suprin |
|||
|
Bibliographie Jeanneney : La NC agricole Whistler : Coastal flowers of the tropical Pacific Metzger : Notes illustrées sur les bois de la N.C Rageau : Les plantes médicinales de N.C Chabouis : Petite flore de Tahiti, Petite histoire naturelle des E.F.O Sarlin :Bois et forêts de N.C Jouan : Les plantes industrielles de l'Océanie Pételot :Plantes médicinales de l'Indochine Bourret : Bonnes plantes Pétard : Plantes utiles en Polynésie Grépin : La mèdecine traditionnelle tahitienne |
Cloquage de feuilles : bourao,variété verte Photo: P.Barthélémy |
||
Pour en savoir plus
A la découverte du chemin kanak avec Madame Gurrera : http://www.ac-noumea.nc/patrimoine/Annee_2000/Centre_Culturel_Tjibaou/chemin_kanak.htm
La cérémonie du kava: http://www.ac-wallis.com/Kava.htm
Les raisons du corps : éléments de la médecine traditionnelle autochtone en Nouvelle Calédonie... fichier PDF de 3 Mo : www.bondy.ird.fr/pleins_textes/pleins_textes_4/sci_hum/03217.pdf